Encrage Spirituel

On ne juge pas un grimoire à sa couverture, mais je ne peux jamais m’empêcher d’observer les gens tatoués et spéculer sur le sens profond des motifs qui les couvre. C’est connu, le corps est un canevas artistique et culturel, mais il peut aussi devenir une carte de notre cheminement spirituel. Toutes les taches d’encre sur mon corps ont ainsi un lien fondamental avec mes recherches et expériences métaphysiques. Dans cette optique, je survole avec vous le processus liminal de cet art millénaire ainsi que différents types de tatouages mystique possibles.

 

 

Altération de conscience et Rite de passage

Ce n’est pas tout le monde qui s’adonne au tatouage qui en fait une expérience spirituelle, mais ce n’est pas parce qu’il-elle ne détient pas les capacités requises pour atteindre cet état de conscience! Que l’approche et le but soit consciemment spirituel ou non, le fait est qu’une douleur de cette intensité produit un impact qui peut créer une épiphanie ou une catharsis. Ces pratiques anciennes ont en effet plus à voir avec l’émancipation que la souffrance et c’est sans surprise que la science moderne peut maintenant identifier les facteurs neurologiques de cette transition entre douleur et illumination. Grossièrement, c’est ce qu’on appelle le ‘runner’s high’, c’est-à-dire le point dans l’effort physique où notre cerveau sécrète des euphorisants endogènes dont l’endorphine (un opioïde), le phénéthylamine (un stimulant psychoactif qui fonctionne comme l’amphétamine), et l’anandamide (un cannabinoïde) (Scicurious 2012). Puisque la dopamine est aussi au rendez-vous, ce n’est pas pour rien que vous ressentez une euphorie enivrante lors du tatouage et que vous ne pouvez attendre jusqu’au prochain encrage.  

 

Le tatouage implique donc paradoxalement un certain détachement physique et un plongeon euphorisant dans les sensations. Le contrôle de soi est un défi central à ces expériences qui peuvent être très douloureuses mais aussi extatiques. Être capable de relaxer sous des sensations intenses est la quintessence de plusieurs voies spirituelles : le Bouddhisme étant l’exemple le plus évident. Les enseignements du Bouddha focus sur l’état illusoire des sensations où l’inconfort physique tout comme la recherche des plaisirs n’est qu’un phénomène impermanent. Douleur, plaisir, et autres sensations extrêmes sont donc des véhicules pour le changement de l’esprit et du corps.

 

L’encre indélébile a le pouvoir d’ancrer cet état de conscience altéré où, dans un acte rituel, une intention a délibérément été transformée en un symbole personnel et sacré. 

 

Le besoin de rites de passage est intrinsèquement humain, spécialement dans notre société séculaire post-moderne qui en comporte peu, et c’est pourquoi l’art corporel jouie d’une si grande popularité. Quel âge aviez-vous quand vous avez commencez à penser à votre premier tatouage? Ce n’est pas une surprise si vous répondez 16 ans puisque l’adolescence est une période charnière où la quête et l’affirmation de l’identité se manifeste souvent par le tatouage, marquant l’émancipation de l’autorité et la transition vers un nouveau cycle de vie. Les rites de passage ne sont pas toujours clairement définis comme tel, souvent éparpillés aux moments décisifs de notre existence. De toute évidence, les moments intenses produits par la modification corporelle sont certains d’être inscrit dans la mémoire comme un évènement initiateur et liminal durant lequel quelque chose de différents a eu lieu dans la psyché et sur le corps. Le tatouage est donc une façon certaine de garder le fil de ces moments, comme un journal de bord en chair.

 

Les modifications corporelles s’imposent souvent à l’être comme une nécessité sacré, dont l’objectif est de se rapprocher d’une entité ou d’être plus intime avec le paradigme de nos croyances. Ces marques peuvent devenir une initiation ou un baptême personnel dans une tradition; leur indélébilité formant un lien profond et inaltérable. Les connaissances ésotériques deviennent alors des sources de pouvoir dans lesquelles puiser pour trouver les motifs et symboles qui correspondent à nos visions et notre volonté. Les emblèmes dévotionnels inscrits dans la chair sont une déclaration profonde de foi. Même lorsque l’encrage est performé en dehors d’un rite religieux ou spirituel, les symboles inscrits font visuellement office d’allégeance. Inspirée par différentes techniques et croyances tribales et traditionnelles, je vous partage ici quelques approches ésotériques possibles afin de faire de votre prochaine séance de tatouage une expérience profonde et magique!

 

 

Différents types de tatouage spirituel

Harmonie d’être

L’art corporel agi en microcosme et peut être utilisé pour exprimer le genre, la généalogie, le statut, le grade, les croyances, ainsi que les exigences esthétiques d’une culture donnée. Ainsi, les motifs de coupures et différentes scarifications sont nécessaires dans certaines tribus afin de trouver un-e consort-e. Ces traces n’ont d’autres objectifs que de se conformer à un idéal esthétique, mais sont toutefois prodigué par un-e shaman-e qui accompagne la performance de purification et bénédiction. Bien que la motivation ne soit qu’un embellissement, cela se retrouve dans un contexte rituel, où la beauté du corps est élevée au rang du sacré. S’enjoliver peut ainsi entré dans une démarche d’harmonie personnelle plus songé que seulement la gloire du paraitre.  Trouver LE motif qui nous fait sentir confortable dans notre peau peu réellement enclenché de grand changement de notre vie.

 

Cycle de vie

Marquer des étapes de sa vie est un des usages les plus fréquents de l’art corporel. L’on peut noter deux grandes catégories d’encrage commémoratif : célébrer un cycle ou marquer l’impact d’un-e individu-e, mort-e ou vivant-e, dans notre vie (Teeter 2008). L’encre peut couvrir des cicatrices émotives comme physiques, nous supportant dans des périodes de stress ou nous aidant à faire face à des souvenirs difficiles. La modification du corps aide à modérer les effets psychologiques et émotifs de certaine situation, servant d’échelle lors de période trouble; la sensation intense nous obligeant à sortir la tête de l’eau et prendre confiance en nous-même. En acceptant la douleur, l’on apprend à accepter le chaos, la tension, l’entropie et l’éphémérité de la vie. Cela peut aussi être fait dans une optique de célébration comme pour une naissance, un mariage ou une victoire. Les œuvres qui couvrent notre peau peuvent ainsi servir d’aide-mémoire afin de replonger dans les idées et émotions qui ont motivés l’encrage définitif.

 

Gardiens spirituels

Chez les peuples indigènes, l’utilisation de l’art corporel sert souvent à la recherche d’un gardien spirituel ou d’une entité tutélaire. L’esprit gardien se manifeste par révélations, rêves et visions. Selon la tradition, un-e individu-e possède au moins un gardien pour sa vie entière, souvent sous la forme d’un animal ou d’un phénomène naturel comme le soleil, le tonnerre ou les montagnes. Dans la culture Hawaïenne, chaque famille possède un guide spirituel nommé 'aumakua, dont l’invocation est nécessaire avant la performance du tatouage qui agira en armoirie indélébile à la gloire des esprits gardiens et des ancêtres (Scheinfeld 2007), Dans les rites de passage, les guides révèlent aussi des motifs et formes talismaniques distinctives, soit pour un futur encrage ou pour décorer armes et outils. Que ces révélations émergent de notre psyché ou de sources supérieures, l’état de transcendance requise, emmène une inspiration hautement personnelle. Encrer le symbole d’un familier, d’un gardien ou d’un totem, tout comme encrer les motifs révélés par ces derniers, peut agir comme un pacte avec eux.

 

Le Mauvais Oeil

On retrouve dans de nombreuses cultures des tatouages près de la bouche signifiant le passage du souffle et de l’âme. Cette idée répandue se trouve chez les natifs-ves d’Amérique du Nord comme chez les femmes Berbères d’Afrique du Nord. Ces dernières croient que le mauvais œil peut entrer par les orifices du visage et se tatoue ainsi le bout du nez, le côté des yeux ou le dessous de la bouche afin de prévenir l’intrusion de la malchance (Modern Primitive 2000). Les symboles apotropaïques se retrouvent dans toutes les grandes cultures et il est facile de choisir celui qui nous correspond. Les tatouages en eux-mêmes peuvent aussi créer une barrière protectrice, un filtre ou même un teste qui doit être préalablement franchie par un esprit ouvert pour engager le contacte avec nous.

 

Appartenance et engagement

À l’origine, le tatouage servait, entre autres, à identifier les individus-es d’un clan. De nos jours, cet engagement permanent et souvent visible peut se manifester comme un billet pour sortir de la société dominante vers une communauté sélecte d’êtres encrés. Que ce soit un motif secret entre deux amis-es où une date spéciale pour des amoureux-euses, l’encre unit les gens dans l’engagement mutuel et inconditionnel. Des formes plus intenses de modification telle que le marquage au fer ou la scarification se concentre sur la douleur enclenchée par le processus formant un lien intime entre les initiés-es. Dans le cadre tribal, ces épreuves à travers la chair marquent le dévouement et le courage de l’individu-e qui peut réintégrer officiellement son clan et sa famille. Soit par le partage du symbole ou l’action même. Ce besoin d’appartenance, fondamentalement humain, peut se retrouver dans des tatouages transgénérationnels afin de souligner et renforcir les liens de sang à travers une expérience initiatrice.

 

Identité

Les tatouages sont une façon visible d’exprimer de façon permanente l’identité individuelle et culturelle. Dans notre ère médiatique, nous avons souvent besoin d’alternative plus radicale que le style vestimentaire pour briser l’homogénéité et créer un sentiment de différenciation de la multitude séculaire. Ainsi, une plus grande recherche est donc nécessaire afin de se rencontrer intimement et se définir visuellement; ce à quoi les modifications corporelles répondent en devenant une quête personnelle de redéfinition de soi à travers un processus de collection et transformation. La reconstruction de l’image sert de représentation symbolique du changement dans notre identité, nos idées, nos relations, nos émotions et notre spiritualité.  Ces sphères privées et subjectives ne peuvent être catégorisées par la société, mais demeurent toutefois un acte à la fois privé et public; une dualité de l’individu-e même qui cherche expression et réconciliation via l’art du corps. Exposée au regard de tous-tes, l’encre déclare nos mystères.

 

 

Ce n’est pas tout le monde qui peut avoir une expérience spirituelle lors d’une modification corporelle, mais tous et toutes en ont le potentiel et l’opportunité. L’utilisation de l’art corporel comme amplificateur spirituel peut se présenter de diverses façons : soit par le processus douloureux et l’expérience transcendantale qui l’accompagne, soit l’importance mystique ou magique des symboles choisis, soit le héraut commémoratif que cela créer en lien avec un moment d’illumination ou d’autres individus-es avec qui le symbole est partagé.  Ultimement, les modifications corporelles sont une déclaration d’être. Ce sont des marques personnelles qui servent à représenter l’identité et l’actualiser sans cesse. Avec un-e tatoueur-euse complice et une bonne recherche préalable, il est facile de vivre le lien entre encre et spiritualité.

 

Je vous souhaite que vos expériences d’art corporel deviennent une rencontre magique avec le sacré qui vous habite!  

Barbouilleusement vôtre, Aude

BIBLIOGRAPHIE

  • ''Modern Primitives: The Recurrent Ritual of Adornment.'' The Institute for Cultural Research. 2000.

  • Kosut, Mary. "Extreme Bodies/Extreme Culture." Trans. The Body Reader: Essential Social and Cultural Readings. New York, N-Y: New York University Press, 2010. 184-201. Print.

  • Krutak, Lars. ''Spiritual Skin: Magical Tattoos and Scarification.'' Germany: Edition Reuss, 2012.

  • Rosenblatt, Daniel. "The Antisocial Skin: Structure, Resistance, and "Modern Primitive" Adornment in the United States." Cultural Anthropology 12.3 (1997): 287-332. JSTOR.

  • Rush, John A. ''Spiritual Tattoo: A Cultural History of Tattooing, Piercing, Scarification, Branding and Implants.'' Berkeley: Frog ltd., 2005.

  • Scicurious. "It hurts so good: the runner’s high." The Scicurious Brain. Scientific American, 12 May 2012.

  • Schildkrout, Enid. "Inscribing the Body."  Annual Review of Anthropology 33. (2004): 319-344. JSTOR.

  • Teeter, Allison. "Never Judge a Book by its Cover: A Sociological Examination of Body Art." MA thesis. Kansas State University, 2008.

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